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L’EXECUTIF COLLEGIAL, UNE SOLUTION DE PAIX ET D’EFFICACITE POUR LE BIEN-ETRE GENERAL

Biya-Paul-nargue-le-monde-peutIl est essentiellement hasardeux et dangereux de confier la destinée de tout un pays aux mains d’un seul individu. Au moment où certains s’alignent déjà pour la course à la succession de Paul Biya, chacun caressant le rêve de régner à partir d’Étoudi, muni des pouvoirs monarchiques qu’accordent la constitution actuelle, chacun cherchant à montrer combien il est exceptionnel et bon, la vérité c’est qu’il n’y a pas d’être humain bon, encore moins quand celui-ci est l’homme fort d’un régime. Seules les institutions fortes, respectées par tous sans exception, prévisibles, difficiles à changer, garantissent à un pays la paix et la sécurité nécessaires pour poursuivre l’objectif du bien-être général. La bombe qui détruira le Cameroun étant son poste monarchique de président de la république, examinons la solution participative et communautaire de l’exécutif collégial et de l’équilibre des pouvoirs de l’État.

Ndzana Seme 11/07/2015

Au moment où le système de gouvernement hyper-centralisé de Yaoundé a montré toute la mesure de son échec et ses dangers, l’on est amusé d’entendre encore ses profiteurs dire qu'”il n’y a personne actuellement avec la carrure qu’il faut pour diriger le Cameroun… il fera pire que Paul Biya…”

Le système néocolonial au pouvoir depuis 1960, venu remplacer et perpétuer l’administration coloniale française, a réussi à braquer tous les regards des Camerounais uniquement sur la France en matière de solutions. De sorte que la question ne se pose même plus si le système présidentiel actuel sert ou dessert le Cameroun. Tous les esprits considèrent que ce système et son chef d’État tout puissant sont inévitables. Un tel chef d’État est présenté comme un homme exceptionnel, rare, doté des capacités surnaturelles, un “dieu” même d’après Fame Ndongo.

 

Les institutions fortes, socle d’un État de paix et de stabilité

L’histoire nous montre cependant que les cimetières sont pleins de personnalités rares, bonne, exceptionnelles et indispensables. Au moment où certains s’alignent déjà pour la course à la succession de Paul Biya, chacun caressant le rêve de régner à partir d’Étoudi sur une population de 21 millions d’âmes à genoux devant eux, muni des pouvoirs monarchiques qu’accordent la constitution actuelle, chacun cherchant à montrer combien il est exceptionnel et bon, la vérité c’est qu’il n’y a pas d’être humain bon.

Car “Le cœur est tortueux par-dessus toutes choses, et il est excessivement faible – Qui peut le savoir?” (Jérémie 17:9, traduction Menchon-Mamre du texte original). Qu’aucun candidat ne trompe donc pas les Camerounais en disant combien il est bon ou l’homme providentiel, en promettant ciel et terre aux incrédules. Il est essentiellement hasardeux et dangereux de confier la destinée de tout un pays aux mains d’un seul individu.

L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, elle a besoin d’institutions fortes“, déclara Barack Obama à Accra en juillet 2009 devant le parlement ghanéen. On peut tout reprocher à Obama, mais il avait dit là une parole de grande sagesse, fondée sur l’expérience et la réussite institutionnelle américaine. Seules les institutions fortes, respectées par tous sans exception, prévisibles, difficiles à changer, garantissent à un pays la paix et la sécurité nécessaires pour poursuivre l’objectif du bien-être général.

 

Les arguments vendant l’illusion d’une charge présidentielle difficile à remplir

Voici quelques arguments que les Camerounais en général avancent au sujet de la succession de Paul Biya:

La solution du Littoral: “La région du Littoral ne manque pas d’individualités, de personnalités capables d’assumer cette haute charge qu’est la présidence de la République. Mais qui choisir ?”

La solution bamiléké: “les gens comprennent pourquoi Paul Biya a nommé Marcel Niat Njifenji comme président du Sénat. C’était pour écarter les Bamiléké de sa succession. Les Bamiléké ayant déjà le pouvoir économique, cela est vu d’un mauvais oeil par les autres camerounais qu’ils prennent le palais d’Étoudi”

La solution d’un sudiste: “Si un originaire du Grand Sud succède à Paul Biya, fût-il un non Fang/Béti comme un Mbamois, le pays risque de connaître une période d’incertitude, d’instabilité orchestrée par le Grand Nord par exemple, qui est prêt à tout pour revenir au pouvoir qu’il considère comme une affaire privée ou personnelle”

La solution anglophone: ” il serait juste qu’après près de 60 ans de règne francophone, qu’un originaire du Sud-Ouest ou du Nord-Ouest anglophones prenne les choses en main”.

Le palais d’Étoudi à Yaoundé, siège du pouvoir exécutif, est donc considéré comme le symbole du pouvoir politique, un pouvoir sans partage, exclusif, considéré comme “une affaire privée ou personnelle”, comme des “choses” qui sont destinées à être prises en main. Et l’on évoque la “haute charge qu’est la présidence de la République” pour laisser croire que la fonction de chef d’État est très difficile à remplir, sinon seulement par “une personnalité capable”.

Si cette “haute charge” était donc autant difficile à porter, pourquoi Paul Biya, depuis 33 ans qu’il occupe cette fonction de président de la république, a-t-il pu exceller comme un “roi fainéant”, un “président vacancier” qui passe tout son temps à se reposer en Suisse, laissant l’État du Cameroun fonctionner en pilotage automatique la plupart du temps? C’est dire que la fonction de chef d’État tout puissant, qui est en réalité celle d’un monarque, est le meilleur refuge des paresseux, vaniteux et tyrans.

La centralisation et l’accumulation des pouvoirs d’État entre les mains d’un seul individu sont porteuses des abus de tout genre, du chaos institutionnel, de l’instabilité, de l’insécurité préfigurant un éclatement dans une guerre civile. La lutte pour le siège du président de la république tout puissant sera toujours âpre, violente, et mortelle.

Les candidats à la course pour la succession de Paul Biya, dans les conditions institutionnelles actuelles, sont plus animés par la cupidité, la soif de domination, l’orgueil, sinon les intentions de vengeance, que par une réelle volonté d’apporter le bien-être général qu’attend le Cameroun. Une succession sans changement de la très mauvaise constitution actuelle pourra aboutir à la guerre et à l’éclatement.

Les pouvoirs monarchiques se caractérisent par la concentration de tous les pouvoirs de l’État entre les mains d’un seul individu. La constitution du 18 janvier 1996 donne les pouvoirs excessifs suivants au président de la république du Cameroun:

Il nomme le président de l’assemblée nationale, le président du sénat, le président et les membres de la cour suprême, du conseil constitutionnel, de la haute cour de justice et du conseil économique et social, article 8 représente l’État, est le chef suprême des armées, chef suprême de la magistrature, accrédite les ambassadeurs, promulgue les lois, exerce le pouvoir réglementaire, saisit le conseil constitutionnel, crée et organise les services publics, nomme aux emplois militaires et civils, peut dissoudre le parlement, etc., art.9 bénéficie des pouvoirs spéciaux de gouverner par décrets ayant force de loi y compris la déclaration de l’État d’exception, art. 10 nomme le premier ministre, art. 14 convoque et est consulté sur les réunions du parlement, art. 15 peut demander à l’assemblée nationale de proroger son mandat présidentiel par une loi, art. 19 peut demander une seconde lecture les lois adoptées par l’Assemblée nationale, art. 20 nomme 3 parmi les 10 sénateurs de chaque région, art. 24 peut demander une seconde lecture des lois adoptées par le sénat, art. 25 a l’initiative des lois, art. 28 peut imposer ses propres lois par voie d’ordonnances, art. 30 promulgue les lois adoptées par le parlement, art. 36 peut soumettre les projets de loi au referendum, art. 37 nomme et sanctionne les magistrats, art. 43 négocie et ratifie les traités et accords internationaux, art. 51 nomme les 11 membres du conseil constitutionnel qui juge de la constitutionalité des lois et veille à la régularité des élections dont il proclame les résultats, art. 53 peut organiser la haute cour de justice qui juge le chef d’Etat pour haute trahison et les membres du gouvernement pour complot contre la sûreté de l’État (mais Paul Biya ne l’a pas fait et n’a pas ratifié le traité de Rome créant la CPI), art. 54 est le seul à saisir le conseil économique et social, art. 58 nomme les délégués des régions, art. 59 peut dissoudre le conseil régional, art. 60 peut destituer les membres du conseil régional, art.62 peut redessiner la carte des communautés et des régions, art. 63 peut initier la révision de la constitution.

Muni de ce genre de pouvoirs monarchiques, il n’est pas étonnant d’entendre Paul Biya narguer les communauté internationale et le Peuple camerounais, quand il déclare le 3 juillet 2015: “ne dure pas au pouvoir qui veut, dure qui peut”. Car le président de la république du Cameroun, homme fort par excellence, cumule tous les pouvoirs constitutionnels possibles pour s’éterniser à la tête de l’État.

                                                                                                             

L’exigence d’un équilibre des pouvoirs d’État

Un État démocratique peut disposer de quatre pouvoirs pour atteindre la perfection dans l’accomplissement de la volonté du Peuple, qui en est le souverain suprême. Ces pouvoirs sont: (1) l’exécutif qui exécute les lois établies par le Peuple, (2) le législatif qui établit les lois en tant que mandataire du Peuple, (3) le judiciaire qui interprète les lois et prend les décisions de justice, (4) le contrôle qui enquête sur les violations de la loi au sein des autres pouvoirs et de la société, et (5) la presse indépendante qui informe et dénonce tout ce qui ne marche pas.

L’efficacité, mesurée par les résultats en matière de bien-être général dans la société, est atteinte quand ces cinq pouvoirs sont équilibrés, sans que l’un quelconque domine l’autre, comme c’est le cas actuellement pour le président de la république du Cameroun.

L’avantage de l’équilibre des pouvoirs en est que le pays est protégé contre la tyrannie d’un seul. Le principe de l’équilibre des pouvoirs voudra par exemple que les forces armées, qui fondent les abus des tyrans, soient placées sous l’autorité d’au moins trois de ces pouvoirs (l’exécutif, le judiciaire et le contrôle) et celle des régions autonomes comme les Etats fédérés, les régions décentralisées et les communes.

L’équilibre des pouvoirs étatiques est la première solution qui consiste à enlever une grande partie des pouvoirs excessifs actuellement concentrés entre les mains du président de la république, et à placer tous les cinq pouvoirs étatiques sur un même pied d’égalité. L’autorité de l’un ne devant pas empiéter sur l’autorité de l’autre. L’indépendance de chacun de ces cinq pouvoirs par rapport aux autres est le moyen le plus sûr de réduire les cas d’abus de pouvoir, de corruption, de dépouillement de la fortune publique, de terrorisme d’État sur les citoyens sans défense, etc.

 

La solution de l’exécutif collégial

Contrairement à la solution du pouvoir de gouverner tous les hommes et les biens, confié entre les mains d’un seul individu, que prônent certaines traditions africaines de royaumes et de chefferies, et qui est surtout omniprésente chez les Occidentaux, un modèle traditionnel africain de gouvernement se fonde sur le principe du partage de tout pouvoir de gouvernement. Et même le modèle monarchique traditionnel africain reste inséparable du partage du pouvoir, avec notamment les sociétés secrètes, les prêtres, les notables et tous genres de conseillers du roi, de la reine ou du chef.

L’Afrique a une tradition démocratique multimillénaire de gouvernement de ses nations par des groupes humains, dont les caractéristiques passent des classes d’âge gouvernantes chez les Meru (Tigania et Igenbe) du Kenya, les conseils des créateurs des domaines (“Mié dzala”) chez les Fang-Beti-Bulu-Bassa et plusieurs autres ethnies du Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon et Guinée équatoriale, les conseils des villages et communautés chez les Igbo du Nigeria et les Anuak du Souda, les conseils des anciens chez les Dogon, à une multitude de formes de gouvernement par des groupes de personnes, et non pas par un seul individu.

Toute personne peut mener des recherches et constater que les sociétés gouvernées par des groupes de personnes compétentes (les collèges) jouissent de la paix, de la sécurité, et d’un véritable bien-être général. Nous n’avons pour meilleurs exemples que les pays qui occupent toujours les premiers rangs dans les classements par l’indice du développement humain (IDH) du Pnud. Les pays scandinaves et la Suisse, gouvernés par des exécutifs collégiaux, occupent toujours les premiers rangs des classements en terme d’IDH.

Le pouvoir exécutif collégial est celui qui est dirigé par, non pas un seul président, mais plutôt un groupe de présidents. L’exécutif collégial est la solution idéale pour un pays multiethnique larvé par la gangrène du tribalisme, car il permet de mettre à la tête du pouvoir exécutif un groupe d’individus originaires de différentes régions du pays, contrairement à un président de la république tout puissant qui focalise et exacerbe les haines tribales et régionales fondées sur sa personne. Car un chef d’État tout puissant est regardé, lui et sa tribu et sa famille, comme celui à qui la propriété de tout le pays a été confiée, et cela a toujours paru injuste tout au long de l’histoire de l’humanité.

L’exécutif collégial permet surtout de changer radicalement la compétition politique, en la déplaçant de l’affrontement violent et souvent mortel entre des candidats individuels pour un poste de pouvoir qui se conçoit comme non partageable (le modèle occidental fondé sur les conflits), pour une compétition des projets de société, défendus par plusieurs individus membres d’un collège candidat au poste de direction du pouvoir exécutif.

L’exécutif collégial permet de s’écarter des modèles occidentaux de gouvernement fondés sur les conflits, comme l’avait si clairement énoncé Thomas Jefferson dans sa déclaration selon laquelle “Dans toute société libre et délibérative, il faut qu’il y ait, de par la nature de l’homme, des parties opposées, et des dissensions violentes et des discordes; et l’une d’entre elles, pour la plupart, doit l’emporter sur l’autre pour un temps plus ou moins long.” C’est cela le fondement de la démocratie occidentale, essentiellement diviseuse, violente et périlleuse.

L’Afrique en général, et le Cameroun multiethnique larvé par la gangrène tribaliste et régionaliste en particulier, ne doit pas se permettre le luxe périlleux d’un système politique fondé sur les oppositions, les parties opposées, les dissensions violentes et les discordes. L’Afrique n’est pas fondée sur une telle culture. Et depuis que l’Afrique n’a fait qu’opérer la greffe d’un tel système de violence (abusivement appelé “démocratie”) dans ses nations, cela a dégénéré en génocides, en guerres civiles, en dictatures terroristes, en massacres des populations sans défense, en toutes sortes de situations où le gouvernement en général, et l’exécutif en particulier, se présente comme le plus grand ennemi du Peuple.

Il est temps de corriger et de réparer les dommages et ravages opérés dans nos sociétés par les modèles monarchiques de gouvernement, avec l’institutionnalisation des modèles qui ont toujours réussi en Afrique, comme le modèle du gouvernement collégial.

Ndzana Seme, 11/07/2015

3 Responses to " L’EXECUTIF COLLEGIAL, UNE SOLUTION DE PAIX ET D’EFFICACITE POUR LE BIEN-ETRE GENERAL "

  1. Celui qui a écrit ça à pur et simplement pompé le travail de monsieur José Mène Berre sur son projet politique au il a appelé la Federalitude.
    Mon cher ami, c’est a cause de cette mentalité que l Afrique n’avance pas.
    Ayez un peu honte.

  2. […] Il est essentiellement hasardeux et dangereux de confier la destinée de tout un pays aux mains d’un seul individu. LES IDÉES DE LA FEDERALITUDE FONT LEUR CHEMIN… Des intellectuels font des articles en s’inspirant de nos idées. ICI, UN ARTICLE BASE SUR LE PRINCIPE N°2 DE LA FEDERALITUDE: LE GOUVERNEMENT COLLÉGIAL http://africanindependent.com/news/?p=2579 […]

  3. Federalitude says:

    Bravo à notre cher ami Ndzana Seme pour cet article dont les idées sont de nature à apporter la Paix et la Prospérité au Cameroun.
    Pensez-y chers frères et soeurs du Cameroun.
    Vive la #Fédéralitude pour le bien de l’humanité.

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