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CAMEROUN: L’INTÉGRITÉ RÉPRIMÉE PAR LA PERSÉCUTION ET LA MORT

CAMEROUN – AFFAIRE PAUL ÉRIC KINGUÉ

L’INTÉGRITÉ RÉPRIMÉE PAR LA PERSÉCUTION ET LA MORT

Enragé de ne pas pouvoir identifier des initiateurs et organisateurs des émeutes de février 2008, le régime de Paul Biya avait alors entrepris de choisir des boucs émissaires et de régler leurs comptes aux camerounais qui figuraient dans ses listes noires. En repoussant les offres d’enveloppes de corruption, faites par les entreprises agricoles françaises, notamment la Société des plantations du Haut Penja (PHP), la société des plantations de Mbanga (SPM) et CAPLAIN, Paul Éric Kingue croyait bien servir sa commune de Njombe-Penja ainsi que son pays, alors qu’il secouait plutôt un essaim d’abeilles où il allait être mordu par ses propres autorités hiérarchiques greffées dans une mafia des détournements et de la corruption fondée sur les taxes communales non payées aux communes du Moungo par les sociétés françaises d’exploitation des plantations agricoles. Le réseau maffieux fonctionne ainsi. La société française, comme PHP, déclare à sa direction générale située à Marseille, France, qu’elle est tenue de payer à la mairie de Njombe-Penja 2 milliards 700 millions Fcfa chaque année au titre des taxes communales. La direction générale paye aux caisses de PHP cette somme en 4 tranches trimestrielles. La PHP locale reçoit cet argent mais ne paie rien à la commune locale. Mais PHP mouille plutôt la barbe à (corrompt) toutes les autorités tout le long de la chaîne administrative: maire et sous-préfet de Njombe-Pendja, préfet du Moungo, gouverneur du Littoral, et ministre de l’administration territoriale…

La prochaine (et dernière?) audience du procès d’avoir organisé des émeutes de février 2008 a lieu le 29 Août, la décision de la commission des droits de l’homme de l’ONU sur sa plainte en réparations contre l’État camerounais sera connue en novembre prochain, et pendant qu’il prépare une plainte contre les entreprises françaises devant l’Union européenne…

Ndzana Seme, 08/21/2014

Arrêté le 29 février 2008, en même temps et pour le même motif que son compagnon de prison Lapiro de Mbanga – aujourd’hui décédé après avoir été libéré par ses bourreaux qui le savaient fini -, Paul Éric Kingue, à l’époque nouveau maire Rdpc de l’arrondissement de Njombe-Penja, était accusé d’être l’un de ceux que le président de la République du Cameroun Paul Biya avait appelés “apprentis sorciers”.

Il était accusé d’être un organisation des émeutes populaires, qui éclatèrent spontanément au Cameroun quand les citoyens descendirent dans la rue pour s’opposer à la modification par Paul Biya de la constitution pour enlever la limitation des mandats présidentiels et se maintenir au pouvoir, et aussi à un décret présidentiel d’augmentation des prix du carburant dans une société où le pouvoir d’achat était déjà insignifiant.

Enragé de ne pas pouvoir identifier des initiateurs et organisateurs des émeutes, le régime de Paul Biya avait alors entrepris de choisir des boucs émissaires et de régler ses comptes aux camerounais qui figuraient dans ses listes noires. Certains camerounais étaient sommairement exécutés, comme Jacques Tiwa, un ancien leader du Parlement estudiantin qui avait commis l’erreur de retourner au Cameroun, après un long exil en Afrique de l’Ouest qui avait abouti à une situation insoutenable de sa famille dans un camp de refugiés à Dakar. Jacques Tiwa fut abattu par des gendarmes descendus d’une voiture au moment où il marchait sur la chaussée à coté du tribunal de Bonanjo à Douala. Aucune enquête, aucune information, rien n’a été fait par le régime Biya au sujet de cet assassinat jusqu’à ce jour.

C’est à l’occasion de ces émeutes que le Sous préfet de Njombe-Penja, le préfet du Moungo, le gouverneur du Littoral et le ministre de l’administration territoriale sortirent de leur liste noire, non seulement le nom de Lapiro de Mbanga connu pour ses chansons critiques à l’endroit du régime Biya, mais surtout celui de Paul Éric Kingué, ce nouveau maire de leur parti Rdpc, qui refusait de “manger et essuyer la bouche” comme ses prédécesseurs, et était allé jusqu’à exiger aux plantations bananières françaises opérant dans sa commune de payer leurs taxes communales. Il fut arrêté le 29 février 2008, malmené et torturé comme les milliers de manifestants, dont des centaines furent tués et des milliers blessés.

En repoussant les offres d’enveloppes de corruption, faites par les sociétés françaises, notamment la Société des plantations du Haut Penja (PHP), la société des plantations de Mbanga (SPM) et CAPLAIN, Paul Éric Kingue croyait bien servir sa commune ainsi que son pays, alors qu’il secouait plutôt un essaim d’abeilles où il allait être mordu par ses propres autorités hiérarchiques greffées dans une mafia des détournements et de la corruption fondée sur les taxes communales non payées aux communes du Moungo par les sociétés françaises d’exploitation des plantations agricoles.

Le réseau maffieux fonctionne ainsi. La société française, comme PHP, déclare à sa direction générale située à Marseille, France, qu’elle est tenue de payer à la mairie de Njombe-Penja 2 milliards 700 millions Fcfa chaque année au titre des taxes communales. La direction générale paye aux caisses de PHP cette somme en 4 tranches trimestrielles. La PHP locale reçoit tout cet argent chaque année, mais ne paie rien à la commune de Njombe-Penja. Par contre, la PHP mouille plutôt la barbe à (corrompt) toutes les autorités tout le long de la chaîne administrative: maire et sous-préfet de Njombe-Pendja, préfet du Moungo, gouverneur du Littoral, et ministre de l’administration territoriale.

Paul Éric Kingue, en exigeant que ces sociétés françaises paient toutes les taxes dues directement à sa commune de Njombe-Penja, et non pas une enveloppe de corruption personnelle à lui-même – une première offre qu’il rejeta était de 20 millions de Fcfa par trimestre, augmentée à 30 millions, qu’il rejeta tout aussi -, était devenu le trouble-fête, celui qui mettait le “sable dans la gari” de tous dans la “mangeoire” dirigeante, mais aussi celui qu’il fallait abattre à tout prix. Les émeutes de février 2008 furent l’opportunité en or, que la chaîne administrative corrompue et les sociétés françaises corruptrices et expertes en détournements des fonds de leurs firmes, trouvèrent pour réduire Paul Éric Kingue au silence.

Dans cette affaire de corruption impliquant les sociétés françaises d’exploitation agricole installées au Cameroun et les autorités gouvernementales du régime de Paul Biya, les noms qui reviennent sont Marafa Hamidou Yaya, ancien ministre de l’administration qui ordonna l’arrestation de Kingue – il est actuellement lui-même écroué à la prison de Kondengui pour détournement des fonds publics -, l’ancien gouverneur du Littoral et actuel ministre du commerce Luc Magloire Mbarga Atangana, Owona Akono, et bien d’autres anciennes et actuelles autorités administratives.

Pendant que la prochaine audience portant sur l’accusation d’avoir organisé les émeutes de février 2008 aura lieu la semaine prochaine, vendredi le 29, au cours de laquelle la cour suprême pourrait statuer sur sa relaxe pure et simple pour faits non établis (c’est notre souhait), Paul Éric Kingue avait engagé en octobre 2013 un procès contre l’État camerounais, à qui il réclame 7 milliards Fcfa de réparations pour son emprisonnement arbitraire. La commission des droits de l’homme de l’ONU, saisie, avait en mai dernier donné 6 mois à l’État du Cameroun pour produire sa défense, et devra statuer en novembre prochain.

Contre les sociétés agricoles françaises, lourdement subventionnées par l’union européenne, Paul Éric Kingue entend saisir la commission de l’union européenne par une plainte en bonne et due forme, afin d’obtenir justice sur le paiement des taxes communales dues depuis des décennies à la commune de Njombe-Penja, mais jamais payées aux caisses de cette commune.

Voici l’entretien que nous avons réalisé aujourd’hui avec Paul Éric Kingue, du fond de sa cellule à la prison de New Bell, Douala:

TAI – Quelle est la situation actuelle de votre procès, Monsieur Paul Éric Kingue?

Pour le moment, j’attends repartir à la cour suprême le 29 pour ma dernière audience. J’y étais le 23 juillet. Le rapporteur a proposé ma relaxe pour faits non établis, mais le ministère public a demandé un mois pour ses réquisitions et (la prochaine audience) c’est le 29 (août 2014). J’espère que la cour suivra les recommandations du rapporteur comme elle en a l’habitude.

 

TAI – Est-ce que votre santé physique est bonne? Avez-vous certains soucis à ce niveau?

Ma santé est très médiocre depuis bientôt un an. Le stress n’est pas mesurable avec son lot de disfonctionnements, douleurs nerveuses en permanence, baisse de l’acuité (visuelle), etc.

TAI – Pourquoi ces sociétés françaises des bananes s’acharnent-elles autant contre vous?

Parce qu’elles ont peur de mon retour, compte tenu de mon extrême popularité dans ma région. Ils ont peur que finalement je remette sur la table cette question de taxes (communales) qu’elles croyaient avoir dégagées par mon arrestation.

TAI – Rien que pour cela? En quoi payer les impôts est-il autant dommageable pour eux?

Ces sociétés n’ont pas vu passer le temps et croyaient que je devais périr ici.

Ils étaient habitués à croquer ces sommes dues à ma commune.

TAI – Qui leur donne autant de pouvoir, un pouvoir de vie ou de mort sur toi?

En fait, pour mieux comprendre l’affaire, il faut savoir que la direction générale des entreprises de chez moi (Penja) c’est à Marseille. Or, les directeurs des plantations ici avaient réussi à convaincre leur direction de Marseille que la commune de Penja percevait annuellement 2 milliards 713 millions (de francs Cfa); sommes qu’ils défalquaient dans leurs pièces comptables pour Marseille. Donc, ces sommes sont reversées. Pourtant, une fois déflaquées, ces sommes étaient (plutôt) partagées entre le gouverneur du Littoral, le préfet du Moungo, le sous-préfet de Njombé-Penda, et le Minat (ministre de l’administration territoriale),  au détriment de la commune supposée et réputée auprès de Marseille (pour) percevoir ces sommes. Quand j’arrive aux affaires (élu comme maire de Penja), je découvre la mafia et, pour me faire taire, on me propose, comme (à) mes prédécesseurs, 20 millions (de francs Cfa) par trimestre pour mes poches (argent de poche, pot de vin). Après mon refus, ils sont montés à 30 millions, soit 120 millions par an. J’ai été catastrophé et c’est ce qui me vaut la mort aujourd’hui.

TAI – Est-ce que vous avez produit les preuves de ce partage entre le gouverneur et eux?

Oui, Transparency vient de rendre publics les résultats de son enquête après que je leur ai remis toutes les pièces. Une enquête qui a duré 4 ans. Ils ont peur qu’en cas d’acquittement, je reprenne la commune, cette fois avec l’avantage d’avoir fait la prison, et donc d’agir sans crainte.

TAI – Avez-vous des noms des personnages impliqués à nous  donner? Quel est le nom du directeur de cette société qui veut particulièrement votre  tête?

Mr François Armel, Dg (de) PHP; Mme Caplain;  Luc Magloire Mbarga Atangana; Owona Akono.

Autre question: est-ce que des “élites” et dirigeants du Rdpc vous rendent visite en prison?

Jamais ces gens ne m’ont rendu visite; d’où ma préparation pour ma démission de mon parti.

TAI – Pensez-vous que cette décision de vous détruire en prison, c’est tout simplement pour protéger la corruption d’un gouverneur et les détournements des dirigeants de cette entreprise?

Il n’y a pas que le gouverneur, mais chaque Minat, le ministre Mbarga Atangana et autres. C’est des gens qui profitent de cet argent depuis une dizaine d’années (des décennies). L’addition de 35 ans de cette délinquance, c’est au moins 70 milliards de nos francs.

TAI – Pour revenir sur le dossier: quel était le motif exact de votre première arrestation? Qui avait porté plainte contre vous?

Émeutes de février 2008, un véritable cache-sexe qui ne visait qu’à masquer la détention politique. Aucun plaignant, l’initiative venant du Minat d’alors, Marafa Hamidou Yaya, le gros bénéficiaire de cette cagnotte.

TAI – Avez-vous eu à plaider devant le juge cette dénonciation des détournements de cette entreprise et la corruption des hauts fonctionnaires?

Oui, mais les juges ont dit ne pas faire de la politique. Pourtant en rendant leur jugement sur les émeutes, ils n’ont pas manqué de parler de mon harcèlement à faire payer les impôts à la PHP.

TAI – Donc ils évitent de statuer sur le cas de détournement et de corruption…

Oui. Mais moi  j’entends au fond de ma cellule saisir la cour européenne contre ces entreprises pour rétention sans droit des sommes dues à la commune de Njombe-Pendja. Je ne faiblirai jamais face à ce problème tant que ma commune n’est pas rentrée dans ses droits.

TAI – Mais comment avez-vous su que cette entreprise détournait ainsi 2 milliards Fcfa par an sous prétexte de payer les taxes communales. Avez-vous mené une enquête? Comment?

Entre temps, j’ai le résultat d’enquête du Minefi (ministère des finances), Transparency International, documentaire de France2.

TAI- Pourquoi n’avez-vous pas déposé cette plainte jusqu’ici, après tant d’années en prison?

J’attendais les enquêtes, dont les résultats me semblaient utiles pour une telle procédure.

TAI – Comment avez-vous su que ces sommes étaient ainsi détournées de cette société française?

J’ai toutes les pièces, parmi lesquelles la lettre du Dg des impôts confirmant le bien fondé de mes requêtes et reversant à cet effet ces entreprises au régime du droit commun. Pour conséquence immédiate, la levée des exonérations illégalement accordées à ces entreprises. La lettre date du 3 décembre 2007 et fait suite à une requête bétonnée (solide, en béton) que j’avais envoyée au premier ministre.

Je ne m’engage dans aucun combat sans l’avoir soupesé. Ce combat, j’en suis sûr, sera gagné à la cour européenne.

TAI – Comment peut-on accuser un élu du Rdpc d’avoir organisé des émeutes contre le pouvoir-Rdpc? Que pouvez-vous dire là dessus?

C’est un non sens. Car, rien ne militait en faveur d’une telle accusation, pour deux raisons. Au moins si on part sur le principe que les émeutes étaient engendrées par la modification de la constitution, alors militant du Rdpc et maire de cette formation politique, en vertu de la discipline du parti, il était impossible que j’organise les émeutes pour cette cause. Deuxièmement, si on dit que les émeutes étaient pour la chèreté des prix de carburant, alors il est intellectuellement impossible de penser qu’un maire, fut-il d’Angosas, soit partie prenante des émeutes, parce qu’il est dans tous les cas un privilégié social. En conclusion, ces prétextes ne me semblaient pas intelligibles, d’où le refus du peuple d’admettre leurs versions des faits dans mes affaires (procès).

TAI – Quelle était donc la plaidoirie du procureur pour obtenir votre condamnation?

Il s’est appuyé sur mon acharnement à vouloir faire payer les impôts à ces entreprises. Il continue en disant que, comme ces entreprises ont refusé, alors j’ai décidé de régler leur dossier par la casse; comme un cheveu venu nulle part (dans la soupe), sans témoignage allant dans ce sens, sans pièces (à conviction)…

TAI – En effet…

J’ai tout entendu dans ce procès, même le vodou. Au jour d’aujourd’hui, l’État du Cameroun et moi sommes devant le comité des droits de l’homme de l’ONU pour réparations. J’ai été acquitté dans l’une des procédures, après 5 ans de procès. Je demande réparations de 7 milliards de Fcfa. Je n’ai plus peur de rien. L’ONU a donné au Cameroun 6 mois pour (produire) sa défense au sujet des réparations et ce depuis le 14 mai 2014.

TAI – A quelle date avez-vous déposé votre plainte à l’ONU?

Le 1er octobre 2013, et le 16 mai 2014 l’ONU a demandé à l’État du Cameroun de se défendre, et sa décision (l’ONU) interviendra en fin novembre (2014).

TAI – Merci, Monsieur Kingue, et beaucoup de courage.

Entretien conduit et réalisé le 21 Août 2014

1 Response to " CAMEROUN: L’INTÉGRITÉ RÉPRIMÉE PAR LA PERSÉCUTION ET LA MORT "

  1. Francis says:

    Un Brave monsieur, un calibre comme l’ Afrique en a tend besoin..

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