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Les Camerounais enragés contre Eto’o Fils et Paul Biya

Les Camerounais enragés contre Eto’o Fils et Paul Biya

Quand la faim d’une victoire au football réveille la longue faim de nourriture, de soins dans les hôpitaux, des emplois, des infrastructures publiques et autres biens publics, des services publics sans corruption, d’une gestion sans détournements des fonds publics, d’une société dénuée de terreur étatique, d’une société jouissant de la sécurité des hommes et des biens, d’une société sans impunité pour certains, d’une société offrant des chances égales à chaque Camerounais, d’une société juste et prospère, le capitaine des Lions Indomptables Eto’o Fils et le chef de l’Etat du Cameroun Paul Biya sont rangés par les Camerounais dans le même panier des dirigeants à l’origine de nos malheurs.
Une colère bouillonne au sein de la société camerounaise depuis des années et grandit chaque jour. Elle avait jailli spontanément en février 2008 avec la décision de Paul Biya de modifier la Constitution afin de s’éterniser au pouvoir. Celle-là était alors clairement politique. Celle qui vient d’éclater dimanche dernier dans la ville de Yaoundé, faisant plusieurs morts, à la suite de la défaite des Lions Indomptables face aux Lions du Sénégal, nous montre que les populations camerounaises sont enragées essentiellement contre Paul Biya, qu’elles perçoivent comme l’homme qui a apporté au Cameroun la malédiction qui les broie quotidiennement.
Quel leader, quelle organisation, quel groupe de Camerounais saura-t-il organiser et canaliser ce mécontentement général ? Car, sans un tel contrôle, la colère actuelle des Camerounais, longtemps étouffée par la terreur des forces armées de Paul Biya, pourra certainement dégénérer en un chaos et en une tragédie imprévisibles ?
NS

CAMEROUN : AFFRONTEMENTS ENTRE POPULATIONS ET FORCES DE L’ORDRE À YAOUNDÉ

Des milliers de supporters frustrés ont tenté d’empêcher les Lions Indomptables de sortir du stade. La police a chargé. Des sources parlent de 4 morts et de nombreux blessés.

Après le match Cameroun – Sénégal dans la cuvette de Mfandena à Yaoundé, une autre rencontre, beaucoup plus rude s’est déroulée dans les rues de la capitale camerounaise. Tout commence autour de 18 heures. Les Lions sont encore dans les vestiaires. Des groupes de supporters sont restés dans les gradins. Des milliers d’autres sont dehors, attendant leurs joueurs pour les conspuer. Vers 18 heures et demie, alors que le crépuscule pointe, les Lions entrent dans leur autobus à la sortie de vestiaires. Des dizaines de supporters scandent en chœur : « Eto’o, mouilleur ! ». L’autobus démarre et s’engage dans le tunnel. C’est sans compter avec la détermination des populations frustrées qui forment une véritable barrière humaine.

Dehors, l’ambiance est déjà surchauffée. On a l’impression que personne n’est rentré chez lui après le match. La police tente de disperser la foule. Sans succès. Le camion anti-émeute, que l’on a surnommé « Abraham » au Cameroun, propulse des jets d’eau sur la horde humaine. Rien n’y fait. Ces derniers répondent par des jets de pierre. Entre temps, plusieurs véhicules sont pris à partie dans cette montée de violence. Un taxi est attaqué et ses passagers sont blessés. Des dizaines de véhicules personnels sont endommagés. L’un des jeunes qui s’en prennent aux voitures nous fait savoir que le pare-brise arrière du véhicule d’Albert Roger Milla aurait été endommagé. Un 4X4 qui appartiendrait à un colonel de l’armée est lui aussi détruit. Des cailloux sont jetés sur les conducteurs de motos.

Environ une heure après le début des troubles, des renforts de la police arrivent. On enregistre déjà des blessés dans la foule. Plusieurs « Abraham » font des aller et retour depuis la base du Groupement mobile d’intervention (Gmi). La foule ne veut pas se disperser et continue de répondre aux jets d’eau par des jets de cailloux. Sur l’axe qui mène au quartier Elig Edzoa, les gens érigent une barrière avec des ordures ménagères, fûts, balustres, planches, etc. Le tout agrémenté par le feu qu’ils allument avec des vieux pneus de voitures. Idem sur l’axe « Nouvelle route Omnisports », au carrefour Fouda et à « Mobil Omnisports ». Les renforts du côté de la sécurité affluent. Il y a désormais sur place trois corps : la gendarmerie, la police à certains carrefours, et l’armée avec des éléments venus du quartier général (Qg).

Alors qu’il est environ 20 heures, les raisons de la contestation populaire changent : « le pays va mal », scandent les jeunes. La répression se fait plus forte. Des coups de feu sont tirés en l’air. Le gaz lacrymogène est jeté dans la foule. Des éléments des équipes spéciales d’intervention rapide (Esir) vont jusqu’à pourchasser des jeunes dans les domiciles. Une femme enceinte, après avoir inhalé du gaz lacrymogène s’écroule et est conduite de toute urgence dans un centre hospitalier à Ngousso. On apprendra plus tard qu’elle a fait une fausse couche.

Du côté des forces de l’ordre, on enregistre des blessés. Deux policiers pris à partie par la foule sont grièvement blessés. L’un d’eux est conduit dans un petit centre hospitalier juste à côté de la Texaco Omnisports. Plusieurs personnes, pour avoir porté le maillot floqué « Eto’o », sont molestées. Des dizaines de jeunes sont blessés, après être tombés après avoir reçu des coups de matraque. Les reporters de Le Messager paient également les frais de cette déferlante. Alain Noah, Edouard Tamba et un employé de la fécafoot seront tabassés par les forces de l’ordre, avant même d’avoir le temps de montrer leurs badges. Christian Tchapmi, lui aussi accompagné de confrères, recevra le gaz lacrymogène et sera conduit à la clinique Fouda. Annie Payep (Vox Africa) et Joséphine Abiala (Mutations) seront sauvées à la faveur de leur nature de femme.

Le mouvement de contestation autour du stade Ahmadou Ahidjo va baisser d’intensité autour de 23 heures. Permettant aux Lions Indomptables de sortir en toute sécurité. Dans la matinée de dimanche, des sources nous indiquaient qu’il y aurait eu quatre morts du côté d’Elig-Edzoa et Omnisports. Des agressions et des viols auraient également été commis au cours de cette soirée. Tout cela à cause d’un penalty manqué. Football quand tu nous tiens !

© Source : Le Messager

CAMEROUN – ANIMOSITÉ : SAMUEL ETO’O FILS, COMME PAUL BIYA ?

Entre les deux « joueurs », certainement les plus influents du pays, la bataille à l’éligibilité de la palme d’or de la personnalité la plus impopulaire et la plus détestée du pays fait des émules et se joue assez serrée.

Entre les deux « joueurs », certainement les plus influents du pays, la bataille à l’éligibilité de la palme d’or de la personnalité la plus impopulaire et la plus détestée du pays fait des émules et se joue assez serrée.

Lions Indomptables du Cameroun, contre les Lions de la « Téranga » du Sénégal. 47ème  minute de la 2ème mi-temps ; le Cameroun qui est dans des sales draps, obtient un penalty. Après quelques moments d’hésitation et d’indécision, Samuel Eto’o Fils, le capitaine de l’équipe nationale du Cameroun, prend ses responsabilités et s’empare du ballon. Dans la grande salle où une vingtaine de spectateurs regardent le match, douze d’entre eux ouvrent les paris. « Parions 5.000fcfa qu’il va rater », lancent-ils. Ne s’arrêtant pas là, les douze spectateurs posent les genoux sur le sol, implorent Dieu, à travers son fils Jésus Christ pour exhausser leur prière. La suite, on la connaît, Samuel Eto’o Fils, manque son pénalty.

A l’issue du « combat des fauves » qui s’achève par un score vierge de zéro but partout entre les deux formations, s’ouvre un « curieux » hit parade. Qui du président de la République Paul Biya ou du capitaine de l’équipe nationale du Cameroun, détient en ce moment le record de la personnalité la plus « critiquée» ?

Jusqu’ici, le président Paul Biya, était en pôle position ; il en était même devenu le « souffre douleur » des Camerounais. Il suffit que les employés appartenant à un même corps de métier, entrent en grève, c’est Paul Biya qui dérange. Quand Gilbert Tsimi Evouna multiplie des « casses » dans les quartiers ou que la police municipale met les sabots sur une voiture mal garée, « est-ce qu’on va vivre dans ce pays avec Paul Biya ». Un ministre entre en rébellion avec les décisions de la Cour suprême, encore Paul Biya qui dérange. Un conducteur de ben-skin, roule à tombeau ouvert sur la chaussée, c’est la faute à Paul Biya. Lorsque à la maison, le responsable de la famille multiplie des maîtresse, furieuse et très en colère, son épouse accuse Paul Biya.

Depuis quelques mois, Samuel Eto’o Fils occupe une bonne position dans cette « cathédrale de la haine et de l’animosité ». Contre le capitaine de l’équipe nationale, il y a plusieurs campagnes haineuses. Leur outrance aux frontières de l’insinuation injurieuse et de l’attaque personnelle, est devenue sans limites.  Joel Matip n’est pas appelé à l’équipe nationale, c’est la faute à Eto’o Fils ; Assou Ekotto est-il blessé et ne peut venir jouer contre le Sénégal, c’est Eto’o qui dérange ; Alexandre Song refuse de serrer la main à Eto’o, c’est encore la faute au capitaine des Lions Indomptables. Tchoupo Moting fait un loupé, Eto’o ne vaut rien ; le gardien camerounais apprécie-t-il mal une balle, Eto’o là dérange. Sur le banc de touche camerounais, le staff technique fait-il un mauvais remplacement, encore la faute à Eto’o.

Qu’il soit Paul Biya ou Samuel Eto’o Fils, les camerounais ne discernent plus. Ils ne ratent aucune occasion de s’écrier : « haro sur le baudet », à l’encontre de ces deux personnalités.  Samuel Eto’o Fils est-il aussi redoutable et redouté au point de mettre à sa « solde », tous ses coéquipiers et le gratin de dirigeants du giron footballistique camerounais ? « C’est lui l’instigateur de tous les troubles au sein des Lions. C’est à cause de lui qu’on ne gagne plus. Il est la mauvaise graine qui gangrène l’équipe nationale… » S’indignent plusieurs camerounais. A cause du football, la société camerounaise devient au fil des jours, intolérante, irrespectueuse et haineuse. Au lieu d’être un jeu, le foot s’affirme être un espace où, on massacre les autres.

Plus de détracteurs que de supporters

Samedi dernier, la cuvette de Mfandena était certes pleine à craquer. Mais bien malin qui pourrait présenter des statistiques en faveur des Lions Indomptables du Cameroun. Ils sont nombreux qui sont allés au stade Ahmadou Ahidjo, en « serrant les fesses », en implorant tous les « dieux » pour que l’équipe nationale ne gagne pas son derby. Et c’est ici que par le perpétuel « double langage », le supporter camerounais de l’équipe nationale étonne. Comment peut prier tous les « dieux du monde », les supplier pour la défaite des Lions et s’illustrer par des actes de pyromanie, lorsque le voeu est exhaussé?

Quelques Sénégalais présents au stade, ont été surpris de constater que l’union sacrée autour des « fauves » du Cameroun, est une vue de l’esprit. Le public camerounais en majorité, est le premier « tombeur » des lions. Nombreux sont des « anti lions ». La situation est d’autant grave, qu’un collectif de psychiatres et de psychanalystes, mérite de venir à la rescousse. Ceux qui ont vu le match de samedi, ont vu une équipe des lions, conquérante, engagée et manifestement à la recherche de la victoire.

Les spécialistes du football, sont unanimes ; ces derniers jours, on n’a pas vu Samuel Eto’o Fils (pourtant en fin de saison), aussi virevoltant, conquérant. On aurait dit qu’il avait absolument besoin de marquer ce but qui allait le réconcilier avec le public camerounais. Il n’y pas plus que lui, qui d’autre, à avoir tant voulu mettre la balle dans les filets, pour un but qui devait être l’un des plus importants de sa carrière. Mais il n’y est pas parvenu. Il y a des moments sans. Il y a des jours où, rien ne vous réussit. Inutile d’en rajouter comme si, Samuel Eto’o, n’est pas le premier déçu et chagriné par ce qui est arrivé. « Comme il est de Paul Biya, dont on réclame le départ, parce que ne pouvant plus rien apporter au Cameroun, que Samuel Eto’o Fils s’en aille » avouent en chœur plusieurs camerounais. Ils ont peut-être raison. Autant Paul Biya n’est ni diable ni Dieu, Samuel Eto’o, n’est ni ange ni démon.

© Le Messager : Souley ONOHIOLO

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